Canicule extraordinaire en 890
La petite histoire
Comprendre simplement
Domaines de présence
Son interprétation dans l'avenir
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by Pepe ©
 
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Changement climatique
On a expliqué le déclin des Mayas de bien des manières: guerres, épidémies, suicide collectif, kidnapping extra-terrestre… La plus récente hypothèse l’attribue aux changements climatiques. "Des épisodes de sécheresse intense ont sans doute précipité la chute des Mayas, tout comme celle de la dynastie Tang, en Chine, à la même époque." Celui qui parle n’est ni anthropologue, ni archéologue, mais géologue. Gerald Haug, du Centre de recherches sur la Terre (GeoForschungs Zentrum), à Potsdam en Allemagne, détient peut-être la clé d’une des énigmes les plus tenaces de l’histoire de l’humanité.

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Les sédiments parlent
Les sédiments qu’il a extirpés des profondeurs du bassin Cariaco, au Venezuela, et du lac Huguang Maar, en Chine, n’ont rien de bien spectaculaire. Ils permettent cependant de reculer dans le temps, jusqu’à cette période critique où, à deux points opposés de la planète, les civilisations Maya et Tang amorçaient simultanément leur inexorable déclin. Car, explique le géologue, ces sédiments portent l’empreinte de phénomènes météorologiques fort révélateurs. Plus particulièrement, ils permettent de reconstituer le comportement de la zone de convergence in ter   tropicale (ZCIT). Cette zone de basses pressions équatoriales dicte le rythme saisonnier des pluies sous les tropiques, en se déplaçant entre le nord et le sud. En hiver, la longue ceinture atmosphérique migre vers le sud, traînant avec elle de l’air humide et instable. Il y a alors très peu de pluie dans les régions qu’elle déserte, notamment la péninsule du Yucatan – où ont prospéré les Mayas –, et les points situés à la même latitude. L’été, la ZCIT met à nouveau le cap sur le nord: les nuages gorgés de pluie sont alors normalement au rendez-vous.
 
Comment des sédiments, qui reposent dans les profondeurs, peuvent-il nous renseigner sur le comportement de l’atmosphère d’il y a plus de mille ans ? Ce sont les oxydes de fer et le titane qui s’avèrent ici des témoins privilégiés des frasques du climat. Le bassin Cariaco, qui s’enfonce jusqu’à un kilomètre sous la surface de la mer, aurait agi comme une gigantesque trappe pour ces minéraux transportés depuis les terres par les précipitations. "Plus la pluie est abondante durant l’été, plus l’érosion du continent est importante. On retrouvera donc une concentration plus élevée en titane dans la couche sédimentaire qui se formera au fond de l’eau, cette année-là", résume Gerald Haug. Or, on y a mesuré des concentrations de titane particulièrement faibles pour trois périodes s’échelonnant au VIIIe et IXe siècle (corres pondant au déclin des Tang et des Mayas). «La zone de convergence inter tropicale n’est sans doute pas remontée aussi haut vers le nord, ces étés-là, provoquant des épisodes de sécheresse plutôt intenses», dit le géologue.

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Une question de vent
Gerald Haug a également traqué les vents passés, eux aussi très éloquents, cette fois au fond du lac Huguang Maar, en Chine. Les conclusions de ses récentes recherches à ce sujet ont été publiées en janvier dernier dans la revue Nature. Le lac Huguang Maar est une autre trappe à minéraux, car il recueille toute la poussière transportée par les vents du nord, en hiver. Plus ces vents sont forts, plus ils charrient de minéraux vers le lac; et plus, des centaines d’années plus tard, la teneur en titane est élevée dans les sédiments. Un vent puissant enrichit aussi les eaux de surface en oxygène ce qui augmente l’oxydation du fer qui se trouve dans les sédiments. Titane et fer témoignent donc de l’intensité des vents associés à la mousson hivernale. En ce qui concerne les années qui nous intéressent, leur témoignage est sans équivoque: la puissance des vents était exceptionnelle.
 
Dans l'écho des cavernes
Pour achever de lever le voile sur ces caprices météorologiques passés, il a fallu appeler d’autres témoins à la barre. Gerald Haug et ses collègues les ont dénichés au fond de deux grottes, toujours en Chine: de beaux gros stalactites, indicateurs assez fiables de la quantité de pluie tombée au fil des ans. "Pas de pluie, pas de stalactites", résume laconiquement le géologue. Or, ses analyses ont mis en lumière une corrélation inverse entre la puissance des vents hivernaux et l’intensité des pluies estivales. En d’autres termes, pour les années où les sédiments ont enregistré des vents particulièrement intenses, les stalactites, eux, témoignent de précipitations extrêmement faibles. L’écho du fond des cavernes et du lac chinois, tout comme celui du bassin vénézuélien, est donc le même: l’époque marquée par le déclin des Tang et des Mayas était porteuse de changements climatiques globaux, 1 000 ans avant que les automobiles et les usines ne régurgitent leur CO2 dans l’atmosphère!

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Déclin non confirmé
Du Yucatan aux hautes terres du Chiapas, du Guatemala au Belize, 31 groupes mayas forment effectivement le plus grand ensemble de peuples indigènes au nord du Pérou. Si Tikal la majestueuse a bel et bien été désertée par ses 50 000 habitants, comme toutes les villes des basses terres du sud, les cités du nord du Yucatan ont tenu bon jusqu’au XIIIe siècle. "Non seulement ont-elles tenu bon, mais elles ont continué à se développer, avec de nouveaux modes de vie, et ce, malgré la sécheresse qui a pourtant dû sévir là plus que n’importe où ailleurs", insiste Louise Paradis, professeure au département d’anthropologie de l’Université de Montréal. Ce plateau calcaire extrêmement aride est dépourvu de rivières. «Les nappes d’eau circulent à 60 m sous terre alors que, plus au sud, il y a toujours eu de grands systèmes de rivières irriguant ces régions.» Et pourtant, c’est bel et bien là que le déclin a commencé.

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Je crois que, si les êtres humains que nous sommes ne parviennent pas toujours à évoluer comme ils le souhaiteraient _à s'épanouir professionnellement, sentimentalement et sexuellement (ce que j'appelle les trois pôles d'intérêts) c'est parce qu'il y a des barrages qui entravent leur désir d'accéder à un rêve inachevé. Je pars du principe que tout est possible, à condition de s'entourer de gens qui nous poussent à croire en nous.
 
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Les Dieux responsables
Louise Paradis n’a pas plus d’explications à fournir. "Quelque chose s’est brisé", se contente-t-elle de dire. Quelque chose qui est à la fois politique, économique et religieux; quelque chose qui saute au visage des archéologues sans qu’ils parviennent à en expliquer l’origine. "L’ordre et la hiérarchie régnaient dans l’organisation des sites, puis, soudain, c’est comme si les Mayas ne savaient plus comment construire, comme si les dirigeants étaient partis, comme si on ignorait le sens des rituels autrefois si importants. Les stèles ne sont plus érigées au bon endroit, on ne respecte plus ceux qu’on avait adulés, bref, c’est la débâcle."
 
Au cœur de ce chaos, admet Louise Paradis, si le climat s’est mis à faire des siennes, il a sans doute pu contribuer au marasme et accélérer les événements. D’autant que les dirigeants des villes comme Tikal formaient des "dynasties divines".
"Si de graves problèmes d’agriculture ou de sécheresse survenaient, les dieux en étaient forcément responsables. Par ricochet, on rejetait donc les dirigeants qui les représentaient."